Pleurer (verbe)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

X e siècle, plorer ; XII e siècle, pleurer . Issu du latin plorare, « crier, se lamenter, gémir ».

I. V. intr. Verser des larmes sous l'effet d'une douleur physique ou morale, d'une émotion violente, etc. Pleurer amèrement. Pleurer en silence. Pleurer pour un rien. Qu'avez-vous à ? « Ne pleure pas Jeannette », premières paroles d'une vieille chanson française. Pleurer de rage, de honte. Être près de , sur le point de . Se mettre à . Spécialt. Sécréter des larmes en réaction à une gêne, à une irritation de l'œil. L'oignon, quand on le coupe, dégage une substance irritante qui fait . Loc. et expr. Pleurer à chaudes larmes, comme une fontaine, abondamment. Pleurer comme une Madeleine, par allusion à la pécheresse repentie de l'Évangile, longuement et amèrement. Pleurer comme un veau (pop.), de façon excessive et parfois ridicule. Fig. À , à en (généralement après un adjectif qualificatif), se dit de ce qui inspire une forte émotion ou, péj., un grand mépris. Cette dispute est ridicule à . Il est bête à en . Une histoire à faire dans les chaumières ou, fam., à faire Margot, une histoire très sentimentale, qui vise à émouvoir par des procédés faciles. Pleurer d'un œil et rire de l'autre, être partagé entre le chagrin et la joie. C'est Jean qui pleure et Jean qui rit (fam.), se dit d'une personne qui change rapidement d'humeur. Il n'a plus que ses yeux pour , il a tout perdu. Fam. Pleurer dans le giron de quelqu'un, auprès de quelqu'un, se plaindre à lui, chercher auprès de lui une consolation. Par ext. Pleurer sur quelqu'un, sur quelque chose, s'affliger, se désoler à son sujet ; regretter, déplorer sa perte. « Ne pleurez pas sur moi », paroles du Christ aux femmes de Jérusalem au moment de la Passion. Pleurer sur son sort. Il pleure sur les malheurs de sa patrie. Pleurer sur sa jeunesse enfuie. Pop. Pleurer après quelqu'un, quelque chose, les réclamer d'un ton geignard. Une fillette qui pleure toujours après sa mère. Il pleure toujours après l'argent. Par anal. La vigne pleure, se dit de la vigne après la taille, lorsque des gouttes de sève coulent des sarments.

II. V. tr.
1. Répandre, verser, laisser couler. Pleurer des larmes amères, de grosses larmes. Surtout dans des expressions figurées. Pleurer toutes les larmes de son corps, en abondance. Pleurer des larmes de sang, être dans le plus profond désespoir. Pleurer des larmes de crocodile, simuler un larmoiement pour émouvoir.
2. Déplorer un évènement douloureux, en être profondément attristé. Pleurer la perte de ses amis. Pleurer la mort d'un proche. Par méton. Pleurer quelqu'un, s'affliger de sa mort. Il a été pleuré de tous. Expr. fig. On ne l'a pleuré que d'un œil, il n'a été regretté qu'en apparence et pour la forme. Litt. Regretter ce que l'on n'a plus. Pleurer ses jeunes années . Pleurer un amour perdu. Dans le langage de la piété. Pleurer ses péchés, ses fautes, en concevoir un grand remords.
3. Fig. et fam. Se plaindre sans cesse de quelque chose. Ne s'emploie guère que dans les locutions Pleurer famine, misère, se plaindre vivement de sa situation matérielle et, par ext., se lamenter sur son sort pour éveiller la pitié. Subst., en composition. Pop. Cet homme est un véritable pleure-misère. Employer ou donner à regret, avec parcimonie. Pleurer sa peine. Ne ni son temps, ni son argent. Expr. Il pleure le pain qu'il mange, se dit d'un avare qui lésine même sur sa nourriture.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

Répandre des larmes. "Pleurer amèrement. Pleurer à chaudes larmes. Pleurer à volonté. Qu'avez-vous à ? Quel sujet avez-vous de ? Il se mit à . Pleurer de tendresse. Pleurer de colère, de dépit. Pleurer de joie. Les cerfs pleurent quand ils sont aux abois."
"Pleurer sur quelqu'un," Déplorer ses fautes, ses égarements, ses malheurs, sa perte. JÉSUS- CHRIST "disait aux femmes de Jérusalem : " Ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous et sur vos enfants. " Il pleure sur son fils coupable et malheureux. Il pleure sur sa patrie captive et désolée."
Fam. et en parlant d'une Femme, "Pleurer comme une Madeleine," Pleurer abondamment.
Fam., "Pleurer comme un veau," Pleurer de façon excessive et ridicule.
Fig. et fam., "Pleurer pour avoir quelque chose," Avoir du mal à l'obtenir. "On dirait qu'il a pleuré pour avoir un habit, un chapeau, etc.," se dit de Quelqu'un qui a un vêtement trop court, un chapeau de qualité médiocre, etc.
Fig., "Il ne lui reste, on ne lui a laissé que les yeux pour ," Il a tout perdu, on lui a tout pris.
Prov. et fig., "Il pleure d'un oeil et rit de l'autre" se dit de Quelqu'un qui rit et pleure tout à la fois, comme incertain entre deux sentiments opposés.
"Les yeux lui pleurent, ses yeux pleurent" se dit en parlant d'une Personne qui a un écoulement de larmes déterminé par quelque cause physique.
"La vigne pleure" se dit Lorsqu'il dégoutte de l'eau de son bois, après qu'elle a été fraîchement taillée.
PLEURER est aussi transitif et signifie Regretter, déplorer quelque chose, s'en affliger. "Pleurer la perte de ses amis. Pleurer son malheur, ses malheurs. Pleurer la mort de son père, de sa mère."
"Pleurer quelqu'un," Pleurer sa perte, sa mort. "Pleurer son père. Pleurer sa mère. Il ne se passe pas de jour qu'il ne pleure sa femme, son fils, son ami. Il a été pleuré de tous ses amis."
"Pleurer un péché, ses péchés, sur ses péchés," Avoir un grand regret, une grande douleur d'un péché, des péchés qu'on a commis.
"Ce malheur devrait être pleuré avec des larmes de sang," On ne saurait trop le , ni en avoir une trop vive douleur.
Fig. et fam., "Pleurer sa peine," L'épargner, en être avare.
Fig. et fam., "Ne que d'un oeil," Ne regretter qu'à moitié. "On ne l'a pleuré que d'un" oeil, Il n'a été regretté qu'en apparence et pour la forme.
Fig., "Il pleure le pain qu'il mange" se dit d'un Avare qui a regret à ce qu'il mange, qui lésine sur sa propre nourriture.
Pop., "C'est un pleure-pain, un pleure-misère," C'est un avare qui se plaint toujours de sa misère.



Dictionnaire d'Emile Littré

Verbe 



 1   Répandre des larmes.
CORN.: « Pleurez, pleurez, mes yeux, et fondez-vous en eau »
CORN.: « Je cherche le silence et la nuit pour »
LA ROCHEFOUCAULD: « On pleure pour être plaint ; on pleure pour avoir la réputation d'être tendre ; on pleure pour être pleuré ; enfin on pleure pour éviter la honte de ne pas »
SACI: « Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés ! »
SÉV.: « Je les relis [vos lettres] .... je ne puis pas seulement approcher des premières lignes sans du fond de mon coeur »
SÉV.: « Il est vrai qu'il y a des pensées et des paroles qui sont étranges ; mais rien n'est dangereux quand on pleure »
SÉV.: « Mais que ces retours sont doux, et qu'on a quelquefois de plaisir à ! »
BOURSAULT: « J'apprenais à devant un grand miroir »
RAC.: « Et les plus malheureux osent le moins »
RAC.: « Tout Israël périt : pleurez, mes tristes yeux »
RAC.: « Pleure, Jérusalem, pleure, cité perfide »
RAC.: « Tel qui rit vendredi dimanche a »
LA BRUY.: « On n'a pas dans le coeur de quoi toujours »
LA BRUY.: « Les enfants rient et pleurent facilement »
LA BRUY.: « D'où vient que l'on rit librement au théâtre, et que l'on a honte d'y ? »
VOLT.: « Vous avez je ne sais quelle inclination fatale pour la comédie larmoyante, qui abrégera mes jours ; je ne vous en aime pas moins ; mais je pleure dans ma retraite, quand je songe que vous aimez à à la comédie »
DIDER.: « L'abbé Galiani m'a beaucoup déplu, à moi, en confessant qu'il n'avait jamais pleuré de sa vie, et que la perte de son père, de ses frères, de ses soeurs, de ses maîtresses ne lui avait pas coûté une larme »
DELILLE: « L'homme pleure, et voilà son plus beau privilége »
A. CHÉN.: « Pleurez, doux alcyons, ô vous, oiseaux sacrés, Oiseaux chers à Thétys, doux alcyons, pleurez »
MILLEVOYE: « Mais si, d'un long crêpe voilée, Mon amante dans la vallée Venait quand le jour fuit »
LAMART.: « Mais pourquoi m'entraîner vers ces scènes passées ? Laissons le vent gémir et le flot murmurer ; Revenez, revenez, ô mes tristes pensées ; Je veux rêver et non »
LAMART.: « Elle a dormi quinze ans dans sa couche d'argile, Et rien ne pleure plus sur son dernier asile »
    Pleurer de, avec un substantif.
CORN.: « Je reconnais Néarque, et j'en pleure de joie »
LA FONT.: « Le loup déjà se forge une félicité Qui le fait de tendresse »
MONTESQ.: « Annibal, qui pleura de douleur en cédant aux Romains cette terre où il les avait tant de fois vaincus »
    Pleurer de, avec un verbe à l'infinitif.
DELILLE: « Alexandre pleura de n'avoir point d'Homère »
    Pleurer sur, déplorer.
BOURDAL.: « Il [Jésus] les avertit [les femmes de Jérusalem] de et de ne pas ; de ne pas sur lui, qui par sa mort allait être glorifié, mais de sur elles-mêmes et sur leurs enfants »
ROLLIN: « [Monime] pleurant sur cette malheureuse beauté qui, au lieu d'un mari, lui avait donné un maître »
DIDER.: « C'est une espèce d'Héraclite chrétien, toujours prêt à sur la folie de ses semblables »
    Pleurer comme un enfant, abondamment et facilement comme fait un enfant.
SCARR.: « Mais enfin, me remettant devant les yeux ce que je devais à son père et à son frère, je n'eus recours qu'à mes larmes : je pleurai comme un enfant »
    Pleurer comme une Madeleine, avec effusion.
    Familièrement. Pleurer comme un veau, comme une vache, excessivement.
RÉGNIER: « Pétrarque... En eût de marrison [de chagrin] pleuré comme une vache »
DANCOURT: « Depuis, pour l'amour d'elle, il pleure comme un veau »
    On dirait qu'il a pleuré pour avoir un habit, un chapeau, etc. se dit d'un homme qui a un habit écourté, un chapeau trop petit.
    Il ne lui reste, on ne lui a laissé que les yeux pour , il a tout perdu, on lui a tout pris.
    Il pleure d'un oeil et rit de l'autre, se dit d'un homme incertain entre deux sentiments opposés.
LA BRUY.: « Il pleure d'un oeil et il rit de l'autre »
    Jean qui pleure et Jean qui rit, homme qui se laisse aller aux sentiments les plus opposés d'un instant à l'autre ; c'est le titre d'un poëme de Voltaire, où l'auteur montre qu'il y a dans le monde de quoi se réjouir et de quoi s'affliger.

 2   S. m. Le .
DESC.: « En quoi consiste le rire et le »
LA FONT.: « En cet endroit où il [Homère] fait Achille et Priam, l'un du souvenir de Patrocle, l'autre de la mort du dernier de ses enfants, il dit qu'ils se soûlent de ce plaisir, il les fait jouir du comme si c'était quelque chose de délicieux »

 3   Pleurer se dit des larmes provoquées par quelque chose d'âcre. Les yeux pleurent quand on pèle de l'oignon, quand on est exposé à la fumée.
    Les yeux lui pleurent, ses yeux pleurent, se dit de quelqu'un qui a une incommodité qui fait que les larmes coulent sans cesse de l'oeil.

 4   Il se dit du cerf.
LA FONT.: « La meute en fait curée : il lui fut inutile De aux veneurs à sa mort arrivés »

 5   La vigne pleure, il dégoutte de l'eau de son bois.

 6   Poétiquement. Se dit du saule pleureur dont les branches semblent .
V. HUGO: « Là des saules pensifs qui pleurent sur la rive »

 7   V. a. Pleurer quelqu'un, s'affliger de la perte, de la mort, du malheur de quelqu'un.
SACI: « Cherchez avec soin et faites venir les femmes qui pleurent les morts, envoyez à celles qui y sont les plus habiles »
SÉV.: « Mme de Bersillac est à l'agonie.... elle est mal pleurée ; le père et le mari voudraient qu'elle fût déjà sous terre »
BOSSUET: « Et vous, messieurs, eussiez-vous pensé, pendant qu'elle versait tant de larmes en ce lieu [pendant l'oraison funèbre de la reine d'Angleterre, sa mère], qu'elle dût sitôt vous y rassembler pour la elle-même ? »
LA BRUY.: « Il perd son fils unique.... il remet sur d'autres le soin de le , il dit : Mon fils est mort, cela fera mourir sa mère »
MONTESQ.: « Il faut les hommes à leur naissance, et non pas à leur mort »
MONTESQ.: « Drusille, à qui il [Caligula] accorda les honneurs divins, étant morte, c'était un crime de la , parce qu'elle était déesse, et de ne la pas parce qu'elle était sa soeur »
LAMART.: « Ceux qui l'ont méconnu ont le grand homme »
    Familièrement. On ne l'a pleuré que d'un oeil, il n'a été regretté qu'en apparence.

 8   Il se dit des choses regrettées.
MALH.: « Pleure mon infortune, et pour ta récompense Jamais autre douleur ne te fasse ! »
RAC.: « Elle pleure en secret le mépris de ses charmes »
HAMILT.: « Ma mère pleura la profession que j'avais quittée »
MASS.: « Nous avons pleuré nos plaisirs injustes, et de nouveaux plaisirs ont un moment après essuyé nos larmes »
Mme DE CAYLUS: « Revenant tout à coup à elle, elle [Mme de la Vallière, à la mort de son fils] dit à ce prélat [qui la consolait] : c'est trop la mort d'un fils dont je n'ai pas encore assez pleuré la naissance »
MONTESQ.: « La mère et la femme de Darius ne pleurèrent-elles pas la mort d'Alexandre ? »
CHATEAUBR.: « Ces mystérieuses relations de l'infortune remplirent mes yeux de larmes ; il y a de la douceur à sur des maux qui n'ont été pleurés de personne »
LAMART.: « Soit qu'il naisse ou qu'il meure, Il faut que l'homme pleure Ou l'exil ou l'adieu »
    Ce malheur devrait être pleuré avec des larmes de sang, en larmes de sang, c'est-à-dire il devrait causer la plus vive douleur.
    Pleurer ses péchés, ses fautes, s'affliger profondément de les avoir commis.
BOSSUET: « En déplorant vainement les fautes qui ont ruiné nos affaires, une meilleure réflexion nous apprend à déplorer celles qui ont perdu notre éternité, avec cette singulière consolation qu'on les répare quand on les pleure »
BOURDAL.: « Si, dans le moment que vous pleurez votre péché, vous n'en voulez pas retrancher l'occasion »
MASS.: « Les crimes que vous viendrez aux pieds des ministres »
    Dans le langage biblique, sa virginité, se dit d'une jeune fille qui pleure de mourir avant d'avoir été mariée.
SACI: « Laissez-moi [la fille de Jephté] sur les montagnes pendant deux mois, afin que je pleure ma virginité avec mes compagnes »

 9   Familièrement. Il pleure le pain qu'il mange, se dit d'un avare qui regrette la nourriture qu'il prend.

 10   Pleurer une larme, verser quelques larmes.
RÉGNIER: « Son oeil tout pénitent ne pleure qu'eau bénite »
SÉV.: « Vous auriez peut-être pleuré une petite larme, puisque j'en ai pleuré plus de vingt »
SÉV.: « J'ai vu Briolle, qui m'a fait les chaudes larmes par un récit naturel et sincère de cette mort [du prince de Condé] »
A. DE MUSSET: « Larmes du coeur, par le coeur dévorées, Et que les yeux qui les avaient pleurées Ne reconnaîtront plus demain »

 11   Se , v. réfl. Verser des pleurs sur soi-même.
FÉN.: « J'avoue que je me suis pleuré en pleurant un ami qui faisait la douceur de ma vie, et dont la privation se fait sentir à tout moment »
LAMART.: « Les poëtes ont dit qu'avant sa dernière heure En sons harmonieux le doux cygne se pleure »

HISTORIQUE
    XIème siècle
     St Alexis, LXXXI: E tantes lermes pur le ton cors pluredes [pleurées]
     Ch. de Rol. LX: Ne peut muer que des ieuz il ne plurt
     ib. CXXX: Il nus [nous] plurrunt [pleureront] de doel et de pitié
     ib. CLXXIV: [Ils] Plurent lor filz, lor freres, lor neveus
    XIIème siècle
     Couci, VI: Quant de moi [elle] rit, et je l'ai tant plorée
     ib. XVI: Si que souvent [je] chant là où de cuer [je] plor
     ib. XXIV: Chascun pleure sa terre et son païs, Quant il se part de ses coraus amis
     ib. VI: Je ne m'en sai venger fors au plorer
     Sax. XXII: Là plorerent pour eus maint prince et maint baron
     Th. le mart. 36: Ne jamais n'iert [ne sera] qui pes entre vus dous [le roi et l'archevêque] aturt, Ne jamais n'iert uns jurs saint iglise n'en plurt
     Bat. d'Aleschans, v. 3029: Tex [tel] rit au main [matin] au vespre plorera
    XIIIème siècle
VILLEH.: « Et sachiés que mainte larme i ot plourée au departir de lor pays, et de lors gens et de lor amis »
     Berte III: Et sa mere en commence de la joie à plourer
BAUDOUIN DE CONDÉ: « Cius [celui-là] est amés pour sa prouece, Et honorés pour sa largece, Cil ne pleure pas les despens »
    XIVème siècle
     Girart de Ross. v. 4127: Plorer doivent li femme ; li homme avoir doleur Ne doivent qu'en leurs cuers, s'il n'ont en eulx foleur
ORESME: « Simplement à parler, il ne plaist pas à tel homme de grant courage que les autres pleurent de ses infortunes »
    XVème siècle
VILLON: « S'elles n'ayment que pour argent, On ne les ayme que pour l'heure ; Rondement ayment toute gent, Et rient lors que bourse pleure »
     Perceforest, t. v, f° 47: Celluy est fol qui pleure ainçois [avant] qu'il soit battu
    XVIème siècle
DU BELLAY: « Je ne puis continuer plus longuement ce propos sans larmes, je dy les plus vrayes larmes que je pleuray jamais »
MONT.: « Quand Timoleon pleure le meurtre qu'il avoit commis, il ne pleure pas le tyran »
MONT.: « J'aimais à me parer quand j'estois cadet.... et me seoit bien ; il en est sur qui les belles robbes pleurent »
DESPER.: « Il ne faut point de tout cecy que je vous conte ; car peut estre qu'il n'est pas vrai »
COTGRAVE: « Assez peult plourer qui n'a qui l'appaise »
COTGRAVE: « À coeur dolent l'oeil pleure »
DESPORTES: « Faites de vostre erreur maintenant penitence ; Mais, pour la bien , c'est trop peu que deux yeux »

ÉTYMOLOGIE
    Wallon, ploré ; génev. la nourriture à quelqu'un, la lui reprocher, la lui plaindre ; provenç. plorar ; espagn. llorar ; portug. chorar ; ital. plorare ; du lat. plorare, qui signifie verser abondamment des larmes, et que Curtius, n° 369, rattache à pluere, pleuvoir.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


Répandre des larmes. "Pleurer amèrement. Pleurer à chaudes larmes. Elle ne fait que . Elle pleure, elle soupire à tout moment. Pleurer comme une femme, comme un enfant. Pleurer à volonté, à commandement. De quoi pleurez-vous? Qu'avez-vous à ? Quel sujet avez-vous de ? Il se mit à . Pleurer de tendresse. Pleurer de colère, de dépit. Pleurer de joie. C'est un soulagement dans la douleur que de . Il ne lui répondit qu'en pleurant. Il y a temps de rire et temps de . La fumée fait . L'oignon fait . Les cerfs pleurent quand ils sont aux abois."
"Pleurer sur quelqu'un," Déplorer ses fautes, ses égarements, ses malheurs. JÉSUS-CHRIST "disait aux femmes de Jérusalem: Ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous et sur vos enfants. Il pleure sur son fils coupable et malheureux. Il pleure sur sa patrie captive et désolée."
Fam., "Pleurer comme un veau," Pleurer immodérément.
Prov. et fig., "On dirait qu'il a pleuré pour avoir des manchettes, pour avoir un habit, un chapeau, etc.," se dit D'un homme qui a des manchettes mesquines, trop petites, qui a un habit écourté, un petit chapeau quand la mode est d'en avoir un grand, etc.
Prov., "Il ne lui reste, on ne lui a laissé que les yeux pour ," Il a tout perdu, on lui a tout pris.
Prov. et fig., "Il pleure d'un oeil et rit de l'autre," se dit De quelqu'un qui rit et pleure tout à la fois, et comme incertain entre deux sentiments opposes.
"Les yeux lui pleurent, ses yeux pleurent," se dit en parlant D'une personne qui a quelque sérosité qui lui coule des yeux.
"La vigne pleure," se dit Lorsqu'il dégoutte de l'eau de son bois, après qu'elle a été fraîchement taillée.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



est aussi actif. "Pleurer la perte de ses amis. Pleurer son malheur, ses malheurs. Pleurer la mort de son père, de sa mère."
"Pleurer quelqu'un," Pleurer sa perte, sa mort. "Pleurer son père. Pleurer sa mère. Il ne se passe pas de jour qu'il ne pleure sa femme, son fils, son ami."
"Pleurer ses péchés, sur ses péchés," Avoir un grand regret, une grande douleur des péchés qu'on a commis.
"Ce malheur devrait être pleuré avec des larmes de sang, en larmes de sang," On ne saurait trop le , ni en avoir une trop vive douleur.
Fig. et fam., "On ne l'a pleuré que d'un oeil," Il n'a été regretté qu'en apparence et pour la forme.
Fam., "Il pleure le pain qu'il mange," se dit D'un avare qui a regret à ce qu'il mange, qui se plaint sa nourriture.
Pop., "C'est un pleure-pain, un pleure-misère," C'est un avare qui se plaint toujours de sa misère.



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

PLEUREUR, EûSE, s. m. et f. PLEUREUX, EûSE, adj. ["Pleu-ré", "reur", "reû-ze", "reû", "reû-ze:" 2e "é" fer. au 1er, lon. aux trois dern.] "Pleurer", répandre des larmes. '"Pleurer" amèrement. 'Elle ne fait que "pleurer". 'On "pleure de" joie comme "de" tristesse. On "pleure de" colère, "de" dépit. 'La fumée fait "pleurer", etc. = "Pleurer", actif, régit ordinairement les chôses: on dit, " ses" péchés, "la" mort "de" son père, de sa mère; "la" perte de ses amis, "les" malheurs de l'État; et quelquefois les persones: on dit " son" père, "sa" mère; en la perte. On "pleure une" épouse, "un" fils qu'on a perdu. = "Se " a un beau sens dans la phrâse suivante: 'On songe à ce que l'on perd, et l'on "se pleure". Mde. "de Coulanges". 'On "se pleure" soi-même, en pleurant les aûtres.
   "Pleurer", neutre, régit le datif. Les yeux "lui pleurent", se dit d'un homme qui a quelque sérosité qui lui distile des yeux de tems en tems. = "Fig." on dit que la vigne "pleure", quand elle est fraîchement tâillée, et qu'il en dégoute de l'eau.
   On dit, "proverbialement", d'un avâre, qu' il "pleure le pain qu'il mange".
- Et, "populairement", quand quelqu'un a un chapeau, ou quelque chôse de pareil, qui est trop grand, qu'il "a pleuré pour l'avoir". = "Pleurer comme une vache", ou "comme un veau", se dit aussi en style prov. par reproche à quelqu'un, qui pleure pour une chôse qui n'en vaut pas la peine.
   "Pleureur" et "Pleureux" ont le même sens, l'un comme substantif, l'autre comme adjectif. Qui pleure facilement, et pour peu de chôse: c'est "un" grand "pleureur", "une" grande "pleureûse". Avoir l'air, le ton, les yeux "pleureux"; la mine "pleureûse". Le 1er se dit des persones mêmes; le 2d, des chôses qui ont raport à la persone. = Quelques-uns disent, "pleurard", "pleurarde". BOILEAU a dit "pleurant": trop "pleurant" Artamène. Il emploie ce mot pour se moquer du style de Cyrus, Roman de Mlle. "Scuderi".
- "Trév." dit, des yeux "pleurans", d'un oeil "pleurant"; et au "fig." des arbres "pleurans".
   PLEUREûSES, étaient, chez les Romains, des femmes qu'on louait pour aux funérailles, ou en avoir l'air. Les Mahométans et les Indiens idolâtres pratiquent encôre la même chôse dans les obsèques. = Parmi nous, on done le nom de "pleureûses" à de larges manchettes de batiste, qu'on met sur le revers de la manche d'un just' au-corps, dans les 1ers tems d'un grand deuil.




Emplacement dans le dictionnaire :

pleurable
pleurage
pleural
pleurant
pleurard
pleuré
pleure
pleure-misère
pleure-pain

pleuresie
pleurésie
pleurétique
pleuretique
pleureur
pleureuses
pleurite
pleurnicher
pleurnicherie
pleurnicheur
pleuronecte




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Poèmes et Sylves : 1886-1896)

...ne valent pour la nommer le nom qu'elle tient de sa marraine nom qui m'êtes courtois échanson de loyal heur, en ma chanson, las, faudra-t-il toujours vous taire ! ô doux nom si gracieux, qui faites pleurer mes yeux quand ma bouche vous profère. PÈL. PAS., ÉTREN. DOULCE, II Je suis le guerrier qui taille à grands coups d'épée dans la bataille ; son oeil est clair et son bras prompt à férir. Hélas ! Il...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...sa figure. C'était la fin ; son coeur était amolli et redevenu lui-même. Aujourd'hui, cela n'avait pas été bien long. Il sentait un attendrissement infini en songeant à sa mère, et une envie de pleurer ; quelque chose comme une larme vint même dans ses yeux, qui étaient durs pourtant à cette faiblesse-là... peut-être serait-on encore un peu indulgent pour lui à cause de sa bonne conduite à bord,...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...de poupée, imités en extrême miniature de ces faïences à fleurs qu'ont les bonnes gens dans les villages. Elle se pencha sur mon lit pour m'embrasser, et alors je n'eus plus envie de rien, ni de pleurer, ni de me lever, ni de sortir ; elle était là, et cela me suffisait ; je me sentais entièrement consolé, tranquillisé, changé, par sa bienfaisante présence... je devais avoir un peu plus de trois...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...où ma grand'mère chantait, je me retrouvai, comme devant, un tout petit être n'ayant encore rien vu du vaste monde, ayant peur sans savoir de quoi, et ne comprenant même plus bien comment l'envie de pleurer lui était venue. Depuis, j'ai souvent remarqué du reste que des barbouillages rudimentaires tracés par des enfants, des tableaux aux couleurs fausses et froides, peuvent impressionner beaucoup plus...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...son expression de confiance résignée, après la prière ; mais un changement que je n'avais pas prévu se fit tout à coup dans ses traits ; malgré elle, les larmes venaient ; et je n'avais jamais vu pleurer ma mère, et cela me fit une peine affreuse. Pendant les premiers jours qui suivirent, je conservai le sentiment triste du vide qu'il avait laissé ; j'allais de temps en temps regarder sa chambre, et...


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